Un fauteuil à l’Académie

La candidature avortée de Charles Baudelaire

"J'ai l'honneur de vous instruire que je désire être inscrit parmi les candidats qui se présentent pour l'un des deux fauteuils vacants à l'Académie française". C’est par ces mots que, le 11 décembre 1861, Charles Baudelaire fait acte de candidature auprès Abel Villemain, secrétaire perpétuel de l’institution.

Plus tôt la même année, le poète affirmait dans une lettre à sa mère : "Être de l’Académie est, selon moi, le seul honneur qu’un vrai homme de lettres puisse solliciter sans rougir". Une motivation plus prosaïque semble toutefois l’avoir poussé à candidater, qu’il dévoilait à Madame Baudelaire deux semaines après s’être officiellement déclaré candidat : "La seule chose qui m’intéresse, moi, c’est les pauvres émoluments attachés à la fonction et dont je ne sais pas même le chiffre exact."

 

Deux mois durant, du 11 décembre 1861 au 10 février 1862, Baudelaire visite les académiciens à la recherche de leurs voix. Mais le poète a notamment contre lui sa réputation de "loup-garou" que résument ces quelques lignes de Louis Goudall dans Le Figaro du 9 janvier 1862 : "Baudelaire […] possède une influence horrifique sur "le bourgeois". Aux yeux de bien de gens, c’est une sorte d’antéchrist". Baudelaire lui-même, revenant sur les réactions provoquées par sa candidature, écrivait :

"On m’a dit : "la plupart de ces messieurs vous ignorent et quelques-uns malheureusement vous connaissent" […] on m’a dit que ma candidature était un scandale".  Face à l’échec annoncé, dissuadé de poursuivre sa démarche par Vigny et Sainte-Beuve, Baudelaire se désiste en février 1862.

 

Brassens Immortel ? Très peu pour lui

En 1967, l’Académie française avait décerné à Georges Brassens son Grand Prix de poésie. Une reconnaissance qui n’était pas allée sans susciter de vifs débats dans les colonnes des journaux : "un acte de prostitution" selon Alain Bosquet qui dénonçait dans Combat une institution courant "à la rencontre du public pour avaliser son mauvais goût" ; "il chante l’amour, la mort et l’amitié à sa façon […] qui est celle d’un merveilleux artisan de la langue française" affirmait au contraire Claude Sarraute dans Le Monde. Brassens, convalescent, accueillit, lui, la nouvelle d’un trait d’humour (noir) : "S’ils me le donnent, leur prix, c’est qu’ils ont peur de m’enterrer bientôt".

Bientôt, la rumeur court, dont toute la presse se fait l’écho, d’une possible candidature du Sétois au titre d’Immortel, avec le soutien des académiciens Marcel Pagnol et Joseph Kessel. "Voulez-vous entrer à l’Académie française ? Si cela vous intéresse, je serai votre ambassadeur", lui aurait proposé ce dernier dès 1964, relayé quelques jours plus tard par l’auteur de la trilogie marseillaise. 

 

Mais à la différence de Baudelaire – quelles qu’en soient les motivations – on ne trouve chez Brassens aucune marque d’intérêt envers l’institution du Quai Conti. Déjà, René Clair, lui-même membre de l’Académie, affirmait dans l’allocution qu’il prononça à l’occasion de la remise du Grand Prix au chanteur que "le respect de l’uniforme n’est pas le fort de l’auteur et, en conséquence, que le costume d’académicien n’est pas celui qu’il lui plairait de revêtir pour courtiser ses muses". L’artiste sétois, qui réfutait l’existence de toute proposition sérieuse d’intégrer l’Académie, a régulièrement assuré lui-même qu’il n’y avait pas sa place,  en particulier au micro de Jacques Chancel (Radioscopie, 1971) : "je ne solliciterai jamais l’honneur d’être admis au milieu de ces messieurs. […] Vous ne me voyez pas avec un bicorne, tout de même ? […] Je fais des chansons, moi, pour mes amis […], je n’ai pas besoin d’appartenir à quelque ordre que ce soit. […] Je ne tiens pas à être embrigadé." Avant de conclure par un clin d’œil à l’une de ses propres chansons : "Et je déteste les uniformes, sauf évidemment l’uniforme du facteur."

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