Accusé(s), levez-vous ! Baudelaire et Brassens face à la censure

Baudelaire et Brassens ont tous deux rejeté les normes de leur temps, en particulier celles de la bourgeoisie (la bonne morale, le conformisme, le manque d’imagination), en mettant en avant les marginaux, les prostituées, les voyous. À un siècle d’intervalle, leur art s’est confronté à la censure.

 

Le recueil des Fleurs du Mal de Baudelaire est censuré lors de sa parution en juin 1857 et condamné pour "outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs". L’œuvre choque par son inspiration maléfique, le caractère morbide, sensuel ou charnel des poèmes ou encore par son ignorance de la morale religieuse. Il lance aussi, par son absolu désespoir, un défi à l’optimisme officiel d’un siècle voué au culte du progrès. Le crime de Baudelaire s’appelle "pessimisme". Il faudra près d’un siècle pour que la justice annule la condamnation du recueil, en 1949 ! "Les Bijoux", composé en 1842, est un poème emblématique de Baudelaire faisant partie des pièces condamnées en 1857. Ce poème au lyrisme brûlant et provocant peut aussi être interprété selon d’autres voies que celles à laquelle son érotisme marqué nous convie. Baudelaire aime le Beau étrange, surprenant, non conformiste.

 

Aucun chanteur français n’a été plus censuré que Georges Brassens. Si l’on fait l’inventaire des fiches officielles du Comité d’écoute de la radio, la liste des œuvres interdites du poète est vertigineuse… "Brave Margot" (1953), "Hécatombe" (1966), "À l’ombre des maris" (1972), "Mélanie" (1976)… "Le Gorille", célèbre chanson de Brassens qui traite de la peine de mort et conseille aux magistrats de "changer de métier", est elle aussi censurée en 1953, un siècle après Baudelaire et ses Fleurs du mal. La chanson est interdite sur les radios françaises et sur Radio Luxembourg. Il faudra attendre la création de la station Europe 1, en 1955, pour qu'elle soit diffusée sur les ondes.

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